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Dialoguer dans la vérité: le défi des religions
Conseil des Religions - Un module pour mieux se connaître
Première rencontre du Forum catholico-musulman
La liberté, faut la négocier
«Le royaume, c’est comment le ciel vient vers nous»
Bruno Ranarivelo, ambassadeur de Madagascar à Maurice - «On ne va pas mettre en cause notre amitié»
Ton nom est Père


Interreligieux

Dialoguer dans la vérité: le défi des religions

Le Muslim Citizen Council (MCC) a réuni autour du professeur Tariq Ramadan le Conseil des Religions (CDR) à la Century Welfare Association, le mercredi 12 août dernier. Le thème de la table ronde était: Enjeux, défis et avenir du dialogue interreligieux. Le père Jean-Maurice Labour a représenté l’Église catholique à cette rencontre, en l’absence du père Philippe Goupille, président du CDR. Le père Labour nous dit ce qu’il a retenu de cette rencontre et partage avec nos lecteurs les questions qu’il a posé au CDR et à Mr Ramadan.


Le Conseil des Religions, réuni autour de Tariq Ramadan,
à la Century Welfare Association, à Plaine-Verte.
De l’expérience acquise tout au long des 25 années d’engagement en Asie, Afrique et en Europe, M. Ramadan a rassemblé dans un livre récemment publié intitulé, L’autre en nous, une philosophie du pluralisme. Dans le forum, il déclarera que «l’entente sur la finalité des actions menées en commun est acquis, même si l’accord sur les sources culturelles fondamentales n’est pas toujours facile».

«Dans le dialogue interreligieux (DIR), il ne faut pas que nous ayons peur de partager sur le sens de nos actions au niveau notamment théologique. Il ne faut pas que les propagateurs de la paix ne soient que des propagateurs des instruments de la paix. Il faut qu’ils soient porteurs d’un message, d’une substance.»

M. Ramadan confie avoir participé à une rencontre des savants musulmans avec le pape en novembre dernier, et au cours de laquelle a été développé un dialogue sur l’Amour de Dieu et l’amour du voisin (voir texte en page 13). «Il ne faudrait pas que le dialogue interreligieux ne soit que la réponse urgente aux problèmes dramatiques. Il faut oser le dialogue fondamental, le dialogue théologique.»

Il y a pour le professeur, quatre défis du dialogue interreligieux:

• Reconnaître les différences comme des facteurs positifs d’une diversité à assumer.

• Que le DIR ne devienne pas le club des spécialistes. L’institutionnalisation du dialogue interreligieux risque de l’enfermer et d’empêcher de faire face aux réalités de terrain. «Il y a une responsabilité envers ceux qui n’y sont pas. Il ne faut pas être optimiste parce qu’on se cache des vérités, mais en faisant face aux vérités.»

• Troisième défi, «il faut que nous soyons des acteurs de la dynamique à l’intérieur de nos communautés respectives, envers ceux avec qui nous partageons la même communion spirituelle pour leur transmettre ce qui se dit ici. Ici on entretient la tolérance, puis on ne transmet pas cette tolérance à nos communautés. Si je viens chercher l’esprit de la diversité autour de cette table, il faut que je la restitue auprès de la communauté auquel j’appartiens».

• «Pas seulement le dialogue du verbe, mais dialogue de l’action et des questions.»

En amont d’un dialogue sérieux, il y a trois attitudes à développer. L’humilité: je n’ai pas le monopole de la bonne réponse. «Je peux croire dans une vérité absolue, mais je n’ai pas le monopole de la vérité. Qui est humble écoute.» Deuxièmement, un souci de cohérence. Et troisièmement le respect de l’autre.

M. Belall Maudarbux, islamologue de Portsmouth, a, lui aussi présenté cinq défis du dialogue interculturel, précisant qu’il s’agit de cinq défis des communautés musulmanes à Maurice.

* La perversion politicienne qui touche à l’instrumentalisation des religieux par la politique.

* Le défi de la crédibilité. On la perd quand on affiche une attitude de dialogue, mais on reste cloisonné par des fermetures de type castéiste et sectaire.

* Le défi démocratique. Ce défi touche à l’intégration verticale des ONGs. Les mêmes intervenants monopolisent la parole et «dynastisent» les associations religieuses.

* Le défi du complexe de l’épiderme. Il s’agit ici du complexe d’infériorité. Les principes non-dits de notre société qui la dirigent subtilement par complexes d’infériorité et de supériorité.

* Défi d’être libre par rapport aux influences étrangères. «Je parle ici de l’influence des pays du Golfe qui essayent d’imposer leur vision de l’islam par financement interposé.»

Pour ma part, j’ai d’abord noté mon appréciation de la qualité des interventions qui touchent à des vérités pas toujours bonnes à entendre, et qui demandent du courage pour les dire. J’ai interpellé le CDR et M. Ramadan sur le défi de la dénonciation des violences et de leurs racines dans des interprétations du Coran. Tout en reconnaissant que les chrétiens n’ont pas été épargnés dans le passé de ce travers, j’ai fait remarquer que l’islam aujourd’hui fait peur quand il impose la violence à la place du dialogue. Dans l’intervention du pape à Ratisbonne, la violence a été loin.

Le professeur a répondu que le discours violent, pour autant qu’il est peut-être minoritaire, est tapageur et médiatique. «S’il y a une bombe, c’est intéressant; s’il y a un dialogue ça ne l’est pas.» D’autre part, les majoritaires deviennent trop silencieux. Nous, qui sommes dans la confrontation constructive et positive, nous avons la responsabilité de ne pas nous taire. Le dialogue interreligieux, doit aussi comporter une vérité à faire sur cette question.

Ce n’est pas vrai de dire que le musulman a un problème avec le dialogue à cause du statut du texte du Coran. Le statut ne pose pas de problème, c’est l’esprit de ceux qui le lisent. Il y a plusieurs interprétations du Coran. Littérales, traditionnelles, mystiques réformistes, rationalistes, toutes ces interprétations peuvent être acceptées du point de vue musulman si vous n’allez pas à l’encontre d’un des éléments des fondements de la religion. Parce qu’il y a accord sur les fondements nous acceptons la diversité des interprétations.

Il convient de dire un grand bravo au Muslim Citizen Council pour la qualité de cette table ronde. Et de formuler le souhait que ces défis, non seulement fassent l’objet des prochaines réunions du Conseil des Religions, mais soient largement diffusés dans la population mauricienne dans son ensemble.

Jean-Maurice Labour



Conseil des Religions

Un module pour mieux se connaître

Fournir une conscience générale des principales appartenances croyantes dans le cadre multiculturel de Maurice en exposant les participants à une variété d’enjeux dans les études religieuses. C’est un des objectifs du module «Introduction aux religions à Maurice» que propose le Conseil des Religions (CDR), en collaboration avec l’université de Maurice (UoM). Les cours débutent en janvier 2010, suite à l’accord signé le 24 juillet dernier entre les deux parties concernées.


Signature de l’accord entre le CDR et l’UoM.
Un plan d’action a été élaboré pour enraciner le dialogue interreligieux dans une connaissance approfondie des autres composantes. C’est ce qu’explique Homa Mungapen, coordinatrice du CDR. «Dans notre projet de lutte contre le VIH/sida, nous avions réuni les acteurs sociaux pour voir ensemble les actions prises dans le pays concernant l’harmonie, l’unité, la cohésion naturelle et les lacunes à corriger pour remédier à certaines situations.»

Des sessions de consultation ont ainsi débouché sur un plan d’action qui comprend quatre axes, et qui vise à toucher les chefs religieux, la famille, les jeunes et la société, de même que les écoliers et les collégiens.

Académie interreligieuse

«Un de nos objectifs était de mettre en place une académie interreligieuse à l’université pour offrir un regard sur les différentes religions qui existent ici, et ce projet visait, au départ, les leaders spirituels. Mais nous ne voulions pas nous limiter à ce public restreint.» Les cours ont donc été ouverts à tout le monde.

C’est ainsi que l’UoM a été approchée, une idée qui a été bien accueillie et qui va dans le droit fil de l’institution, qui avait soumis un document à l’Unesco pour la mise sur pied d’un Dialogue Across Civilisations Training and Research Institute» (DACTRI). Cette instance aura pour but de consolider les diverses composantes de la société, à travers l’éducation, la sensibilisation et la recherche.

Selon Homa Mungapen, tous les corps religieux approchés ont approuvé l’idée de ce cours, et de nombreuses sessions de travail ont, par la suite, eu lieu pour mettre en place un cadre. Deux axes ont été retenus: l’étude interreligieuse, la paix et la gestion des conflits.

Le module comprend aussi plusieurs unités: introduction; historique de l’implantation des religions à Maurice; connaissance des religions (les aspects essentiels); les écritures saintes (textes de référence); les pratiques populaires; l’action sociale et le dialogue interreligieux.

Les pratiques d’autrui

Notre interlocutrice explique aussi qu’un théologien ou un chef religieux ne doit pas se limiter à connaître sa religion, car il n’est pas un leader spirituel uniquement pour sa religion mais aussi pour celle des autres. D’où l’importance de connaître les pratiques d’autrui, souligne-t-elle. Le cours d’Introduction aux religions à Maurice comprend des sessions d’une durée de trois heures par semaine, sur une période de 30 semaines, et 45 heures de Study Visit aux corps religieux, soit 9 heures dans chaque religion (foi Bahaï, christianisme, hindouisme et islam). Cette partie comprend essentiellement une visite pour comprendre les différentes pratiques. Les cinq religions auront aussi chacune 15 heures pour élaborer sur l’historique de leur implantation à Maurice et l’action sociale. À l’issue des cours, un certificat sera remis à chaque participant, ou une attestation pour ceux qui ne souhaitent pas passer les examens. Outre le corps religieux, le cours vise deux types de public: ceux qui veulent enrichir leurs connaissances (certificat d’attestation) et ceux qui veulent obtenir un certificat de l’UoM qui donne des crédits pour d’autres études. Le niveau d’éducation requis pour suivre cette formation est la Form VI ou son équivalent.

Jean-Marie St-Cyr



En 2008

Première rencontre du Forum catholico-musulman

Le pape Benoît XVI a proposé que catholiques et musulmans contribuent ensemble à défendre la dignité de la personne humaine, lors d’un sommet sans précédent entre représentants des deux religions, en novembre 2008, au Vatican.

Le pape a reçu 29 représentants musulmans (chiites, sunnites et d’autres courants de différents pays) et autant de représentants catholiques, qui ont participé à ce premier séminaire du Forum catholico-musulman organisé par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et par les 138 représentants musulmans qui ont signé la lettre intitulée «Une parole commune entre vous et nous», adressée aux responsables chrétiens (http://www.acommonword.com), le 13 octobre 2007.

Le pape a encouragé chrétiens et musulmans à «travailler ensemble pour promouvoir le respect authentique de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux, même si nos visions anthropologiques et nos théologies justifient cela de manières différentes».

«Il y a un domaine très vaste dans lequel nous pouvons travailler ensemble pour défendre et promouvoir les valeurs morales qui font partie de notre héritage commun», a-t-il expliqué.

«Nous ne trouverons un terrain d’entente pour construire un monde plus fraternel dans lequel les conflits et les différends sont résolus de manière pacifique et le pouvoir dévastateur des idéologies est neutralisé, que si nous reconnaissons le rôle central de la personne et la dignité de chaque être humain, en respectant et en défendant la vie, qui est un don de Dieu et qui est donc sacrée, aussi bien pour les chrétiens que pour les musulmans», a-t-il poursuivi.

Le pape a demandé de protéger «les droits humains fondamentaux de toutes les personnes, où qu’elles soient», soulignant que «les responsables politiques et religieux ont le devoir de garantir le libre exercice de ces droits en respectant pleinement la liberté de conscience et de religion de chacun».

«La discrimination et la violence dont sont encore victimes les croyants dans le monde et les persécutions parfois violentes qu’ils subissent, sont des actions inacceptables et injustifiables, et encore plus graves et plus déplorables lorsqu’elles sont menées au nom de Dieu», a-t-il déclaré.

«Le nom de Dieu ne peut être qu’un nom de paix et de fraternité, de justice et d’amour. Nous sommes mis au défi de démontrer, par nos paroles et surtout nos actes, que le message de nos religions est toujours un message d’harmonie et de compréhension mutuelle», a souligné le pape.

Pour Benoît XVI, ceci est essentiel, car sinon, nous risquons de «nuire non seulement à la crédibilité et à l’efficacité de notre dialogue, mais également de nos religions elles-mêmes».

À l’issue du séminaire du Forum catholico-musulman, une déclaration commune a été publiée dans laquelle les représentants des deux religions expriment leur soutien commun à la dignité et aux droits de la personne.

Source: Zenit
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Jeunes

La liberté, faut la négocier

«Tu es tout le temps contre moi!» C’est ce que Joycie entend souvent de la part de sa fille. Vous l’avez sans doute crié à vos parents aussi. Sentiment d’incompréhension, d’enfermement… parfois vous n’en pouvez plus des remontrances des parents bien qu’au fond, vous savez qu’ils ont raison.



On aime bien avoir notre liberté, n’est-ce pas? Sans elle, on a cette désagréable impression qu’on n’existe pas. Nous n’arrêtons jamais de chercher cette liberté car c’est une manière d’être indépendant.

Or, aussi paradoxal que cela puisse paraître, nous avons souvent tendance à construire notre personne par rapport aux idées reçues ou à l’influence de nos amis. À l’adolescence, se faire accepter par ses copains est vital, car cela représente une sécurité. Inconsciemment et consciemment, on fait presque tout comme eux pour appartenir au groupe.

Pourquoi je demande plus de liberté?

Justement, c’est une des raisons pour lesquelles certains de nos pairs veulent plus de liberté. Avinash* nous confie sans détour que «c’est pour être avec les amis» qu’il revendique sa liberté. De plus, durant ces années d’instabilité qu’est l’adolescence, on cherche à avoir son petit jardin secret. «J’ai envie d’avoir ma vie personnelle, de la gérer sans que mes parents ne viennent y interférer. Ma maman, elle, me surveille. Elle veut tout savoir. Ce ne sera pas bon parce que la relation mère-fille va changer. D’ailleurs, la relation a déjà changé!» avoue Chelsea*, 15 ans, qui veut vivre sa relation amoureuse au grand jour, malgré la désapprobation des ses parents. Néanmoins, elle ajoute que si ses parents ne la questionnaient pas, elle se serait sentie «délaissée» par ces derniers.

Et puis, on veut juste «ne pas se sentir prisonnier», comme dit Wali*, 16 ans, lycéen et benjamin d’une fratrie de deux. «Parfois, on veut rester à la maison, mais parfois non.» Il est tout de même intéressant de noter que d’autres sont assez satisfaits de la liberté que leur donnent leurs parents. Jeune fille de 16 ans assez réservée, Rachel* nous confie qu’elle se sent libre, bien qu’elle n’ait le droit de sortir que sous certaines conditions.

Comment je me débrouille pour avoir ce que je veux?

Aujourd’hui, on déborde d’énergie… et d’imagination! Mais parfois, c’est pour dépasser l’interdit, ou encore pour ne pas inquiéter les parents et/ou se désavantager. Explications. Ce n’est plus un secret, tant pour les jeunes que pour les parents, que l’alcool est devenu l’«accessoire» indispensable des soirées. Donc, «quand je sors avec mes cousins et mes cousines, qui saura que j’ai bu?»

Une autre situation un peu plus subtile: «Il arrive, pour les fêtes, que je dise à mes parents qu’il n’y aura qu’un certain type de boisson que je suis autorisée à prendre. Mais souvent, il y a autre chose et j’en consomme aussi», avoue Avinash*, un lycéen de 16 ans. Il poursuit en déclarant que: «Quand il y a des problèmes dans les fêtes, c’est-à-dire des disputes ou des amis qui sont vraiment saouls, je n’en parle pas ensuite à mes parents, pour éviter qu’ils m’empêchent de sortir. Ils auront peur que j’ai des problèmes avec la police ou que je sois défoncé.»

Wali, qui adore ses amis renchérit: «C’est vrai, les parents n’ont que cela dans leur tête. Ils croient qu’on a forcement bu. Comme Avinash, ça m’arrive de leur mentir mais ce n’est pas grave. Je ne mens qu’à moitié.»

Chelsea, qui dit tout le temps à sa maman ce qu’elle fait, nous parle de ses amies: «J’ai une amie qui a déjà dit à son papa qu’elle avait perdu l’argent qui devait servir à payer ses leçons, alors que ce n’était pas vrai. Son papa lui a ensuite redonné l’argent qu’elle a finalement utilisé pour aller à une soirée. Sinon, il y a celles qui ne vont pas à leurs cours particuliers pour aller chez leurs amies ou leurs copains. Si les parents ont des soupçons, ils font passer leurs ami(e)s pour leur professeur!»

On ne devrait pas s’étonner de ces révélations car de telles situations sont monnaie courante. Qui n’a jamais entendu des «plan boir» organisés chez un des amis dont les parents sont au travail? Il y a toujours moyen de se procurer des boissons alcoolisées, même si l’on est mineur, grâce aux grands copains, voire, aux adultes complices!

Comment je négocie?

«J’essaye d’avoir toujours raison quelque part.» Telle est la tactique qu’utilise Chelsea, qui compte aussi sur sa grande sœur de 19 ans pour s’octroyer une certaine liberté. «Je leur fais remarquer qu’à mon age, on peut faire ci ou ça. J’utilise un peu l’école comme prétexte, en soulignant que pendant les vacances, je suis libre, et que donc, j’ai le droit de sortir.»

Wali se sert aussi de l’école comme bouclier: «Je rappelle à mes parents les meilleures notes que j’ai eues à l’école, et, parfois ça passe.» Chez Rachel, 16 ans, issue d’une famille nombreuse, c’est du donnant-donnant. «Déjà, une semaine avant de demander, on prépare le terrain. Par exemple, on effectue les taches ménagères qui nous sont allouées.»

Du côté d’Avinash, c’est un peu la même chose. «Par exemple, mes parents peuvent me demander de laver la voiture avant de partir, mais je ne propose jamais quelque chose en retour de leur ‘oui’, pour ne pas leur donner d’idées!»

Mais dans certains cas, négocier est une perte de temps et d’énergie! Rachel nous explique que chez elle, tant qu’on est pas majeur (e), on ne va pas en boîte et si on n’a pas 15 ans, on n’a pas droit au téléphone portable. Donc, on ne riposte pas, car le règlement, c’est le règlement. «Mes frères et sœurs doivent s’y soumettre indistinctement.»

Avinash et Wali concluront que «généralement, les parents gagnent toujours dans les négociations et là, on abandonne automatiquement». Néanmoins, Chelsea confie que sa maman ne lui dit jamais «oui», mais elle trouve quand même le moyen de partir. Elle ajoute même que certains parents de ses amies accordent une liberté totale à celles-ci.

Pourquoi ma liberté pose problème?

Pour certains, comme chez Rachel, l’harmonie est presque totale, du moment qu’on est bien au courant des principes qu’il y a à la maison et que les parents ne cèderont jamais. Wali ne cache pas le fait que «les parents veulent juste nous protéger en nous posant des limites». Chelsea nous explique comment naît le conflit: «Je comprends pourquoi ma maman veut me protéger ainsi, car je sais qu’il y a des personnes de mauvaise foi dans la société et qu’il faut faire attention. Elle est toujours là à m’avertir des conséquences. Malgré les dangers, je me risque quand même dehors parce que je ne peux pas rester tout le temps à la maison!»

Qu’en est-il de la liberté des filles comparée à celle des garçons? Avinash qui a une sœur jumelle nous dira tout naturellement: «Ma sœur n’a pas la même liberté que moi car c’est une fille. Moi, je peux aller en soirée, prendre le bus tard mais, elle, même le jour, elle n’a pas le droit de se déplacer sur de longues distances.»

Wali renchérit: «Pour ma sœur aînée, c’était pareil quand elle avait mon âge parce qu’elle est une fille. C’est dangereux.» Toutefois, à l’exemple de Chelsea, certains jouissent d’une plus grande liberté que celle dont disposaient leurs aînés auparavant. Tout dépend de l’environnement familial, des circonstances… dans certaines familles, il n’y a pas de distinction entre filles et garçons.

* Tous les prénoms de ce dossier ont été modifiés pour préserver l’anonymat des interlocuteurs, afin que ces derniers se sentent libres de parler.


La parole à une maman

Mme Joycie, une mère de deux filles âgées de 19 et 15 ans respectivement, se soucie de celles-ci, et ne leur veut que du bien, même si elles ne le comprennent pas toujours. Voici son avis.

Comment expliquez-vous la naissance des conflits quand il s’agit de liberté?

Les enfants pensent toujours que nous, parents, sommes tout le temps contre eux. Tel n’est pas le cas! On veut seulement les guider dans leur choix de vie. Il y a certaines choses qu’ils voient à la télévision qui façonnent négativement leur perception des règles de la vie.

Les parents sont toujours de bon conseil, mais le jeune voit cela d’un mauvais œil. Il ne prend pas vraiment le temps de comprendre ce que disent ses géniteurs.

Comment faire pour trouver un terrain d’entente?

Il est bon de souligner qu’on ne peut comparer la liberté d’autrefois à celle d’aujourd’hui, car les moeurs ont changé. Tout passe par la communication. Je n’enferme pas mes filles, mais je leur fais part de mes inquiétudes et de mes réticences quand je sens qu’il y a danger. Avec tout ce qu’on entend dans les médias, il est primordial de s’armer de prudence. Je leur parle en adulte, et c’est à elles de décider. Mais elles savent ce que j’attends d’elles.

Quel sont les outils clé des parents dans ce cas-là?

Moi, je prends toujours le temps de demander à mes filles ce qu’elles font tous les jours. C’est une manière pour moi de savoir qui elles fréquentent et où elles vont, par exemple. Même si ma benjamine ne me parle pas tous les jours, elle revient quand même me dire ce qu’elle a fait après. J’essaie d’être à l’écoute, malgré la différence d’âge. Quand je ne suis pas contente, je le dis. Mais il arrive quand même que je sois dépassée quand elle ne m’écoute pas. On n’a pas appris à être mère. On fait ce qu’on croit être bon pour nos enfants. On se fie à l’éducation reçue des parents. Le tout, c’est d’aimer, d’écouter et de guider son enfant. D’essayer de le comprendre aussi.

De surcroît, je pense que l’unité dans le couple est essentielle, car s’il n’y a pas ce soutien, le discours des parents n’aura pas de poids. Il y a aussi un gros travail qui doit être fait par les médias et les écoles car ce sont des institutions où on pourrait avoir des gens formés pour prévenir nos jeunes des dangers.

Séverine Perrine

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Spiritualité

«Le royaume, c’est comment le ciel vient vers nous»

Conférence de Mgr Thomas Wright, évêque de Durnham, donnée jeudi dernier dans le hall du collège St-Andrew’s. Voici un compte-rendu du père Jean-Maurice Labour, qui assistait à cette conférence.



«Pour beaucoup de personnes, chrétiens ou non, le royaume de Dieu est cet espace géographique appelé ciel où nous irons après notre mort. Il suffit alors de prier Jésus et d’attendre qu’à notre mort, nous allions avec lui dans son royaume. Nous passons alors notre temps à nous demander comment faire pour aller au ciel. Alors, il suffit de vivre sa foi comme une spiritualité personnelle de rencontre avec Jésus, en se préparant à aller dans le royaume des cieux après notre mort.

‘Au fait le royaume ce n’est pas se demander comment nous faisons pour aller au ciel, mais comment c’est le ciel qui vient vers nous!’ Le royaume n’est pas une place où aller, mais une manière de vivre. ‘It’s not a place to go, it’s a way of living.’ ‘What difference it would make in this world if God was running the show.’ Si Dieu était en charge, à quoi le monde ressemblerait-il? Quelle différence y aurait-il dans le monde, si c’est Dieu qui dirige et non l’homme? Dans le dialogue devant Pilate, Jésus dit que son royaume n’est pas de ce monde (donc il vient de Dieu), mais il est pour ce monde.

Deux manières de vivre notre foi

Cette perspective change tout de la manière de vivre notre foi. En essayant de répondre à la question: comment le royaume sera-t-il établi? nous oscillons entre deux manières de vivre notre vie chrétienne et notre foi. Soit nous disons que Jésus est Dieu, qu’il est mort pour nos péchés et qu’il est ressuscité. Alors ça suffit, nous bénéficierons du royaume par la force de la résurrection. Nous passons alors notre vie à prier et à attendre le royaume. Mais le problème se pose: pourquoi alors Jésus ne s’est-il pas contenté de naître de la Vierge, de mourir puis de ressusciter?

Au contraire, il a passé sa vie à enseigner, rencontrer les pauvres, guérir les malades, bref, à faire tant de choses pour mettre l’homme debout.? Alors, il faut que nous aussi nous passions notre vie à faire plein de choses pour faire venir ce royaume par nos propres forces! Deux perspectives qui semblent s’opposer, mais qu’il faut mettre ensemble. ‘La première perspective n’est pas une théologie abstraite, coupée du monde: elle aussi nous dit que, le royaume de Dieu est venu pour renouveler la création. Et les Évangiles nous annoncent la même chose: Jésus apportant le salut de Dieu aux communautés concrètes, aux hommes et aux femmes au cœur de leur vie et combattant dans son propre corps le combat ultime contre le péché et la mort.’

Cependant, ‘le royaume de Dieu n’apparaît pas seulement dans les actes de Jésus guérissant et soulageant la pauvreté, et enseignant. Il apparaît aussi comme un événement qui se passe quand le pouvoir et l’emprise du mal sont terrassés pas seulement dans les cœurs et l’esprit des individus, mais une fois pour toutes au niveau cosmique. Et les Évangiles de manières variées, nous font contempler la mort et la résurrection de Jésus comme la pierre angulaire où le pouvoir du mal est définitivement vaincu et le royaume de Dieu ouvert’.

L’incarnation de cet amour

Le royaume de Dieu par la conception humaine, c’est la croisade. Le royaume de Dieu par l’Évangile c’est la mort et la résurrection de Jésus Christ. ‘Si votre victoire contre le mal vient par la violence, le mal en sort victorieux quand même.’ ‘Le pouvoir qui sauve le monde n’est pas le pouvoir de la force et de l’argent, mais c’est le pouvoir de l’amour. The power of love.’ La demande des fils de Zébédée de s’asseoir à gauche et à droite de Jésus dans son royaume est un exemple de ce combat entre les deux perspectives du royaume.

Or, Jésus prend possession de son trône quand il va à la croix! Non, vous les hommes n’avez rien compris: vous ne savez pas ce que vous demandez. Il s’agit là d’une redéfinition du pouvoir. La théologie du royaume c’est de dire que la manière dont Dieu conduit le monde, c’est en l’aimant. En l’aimant d’abord en le créant, puis en le sauvant.

Et Jésus est l’incarnation de cet amour. Pas de manière sentimentale, mais dans un combat. Il faut lire l’extraordinaire dialogue de Jésus devant Pilate. (Jean 18,19). C’est Jésus, l’accusé qui juge Pilate parce qu’il est victorieux sur le système de pouvoir que représente Pilate. Et quand Pilate dit de Jésus ‘VOICI L’HOMME’, sait-il qu’il reprend le livre de la Genèse quand, au sixième jour de la création Dieu créa l’homme. Voici à quoi ressemble la vraie humanité! Elle ressemble à Jésus sur le chemin qui le conduit à mourir pour le salut du monde. Et quand Jésus, sur le point de mourir, s’exclame: ‘tout est fini’, c’est la même expression de Dieu à la fin de la création: Dieu finit l’œuvre de la création.

Et le septième jour, Dieu se reposa. Et Jésus aussi se reposa dans la résurrection qui est le début de la nouvelle création. Mais tout de suite Jésus dit aux premiers témoins: allez annoncer au monde cette bonne nouvelle. Pour les juifs, le Temple est le lieu de la rencontre du ciel et de la terre. Or, Jésus se présente comme celui qui est le nouveau Temple. Dès lors, au lieu d’avoir à aller au Temple pour offrir le sacrifice, c’est le Temple qui vient vers nous! Imaginez qu’au lieu d’avoir à faire de longues démarches pour obtenir un passeport, un étranger vient vous rejoindre sur la route et vous offre votre passeport. C’est ce qui se passe avec Jésus. Le royaume vient vers nous gratuitement et ce n’est pas nous qui accédons au royaume par nos propres efforts.»

Jean-Maurice Labour

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Océan Indien

Bruno Ranarivelo, ambassadeur de Madagascar à Maurice

«On ne va pas mettre en cause notre amitié»

Ambassadeur de Madagascar chez nous depuis une dizaine d’années, Bruno Ranarivelo expose sa vision de l’évolution de la situation dans son pays. Pour lui, l’heure est véritablement à la réconciliation. Il salue aussi le rôle joué par Maurice pour qu’un compromis soit trouvé entre les différentes mouvances politiques de Madagascar.



Après plusieurs mois de situation confuse, Madagascar semble s’être engagée dans une stabilité politique. Ce, suite à la rencontre tenue à Maputo entre les anciens dirigeants de la Grande île et le président de transition. Comment avez-vous vécu la rencontre-réconciliation qui s’est tenue au Mozambique?

Il faut d’abord surtout vous parler du vécu de ces six derniers mois. La rencontre n’est que le début d’un long processus. Mais on a passé six mois extrêmement difficiles, vu la crise politique qui trouve sa genèse en 2002. Depuis cette date, il y a une centaine de personnes qui sont exilées en Europe ou en Afrique et qui ne peuvent retourner à Madagascar, car il n’y a jamais eu de réconciliation. Et cela laisse des traces.

Vous savez, je vous dis cela un peu en connaissance de cause, car cela fait quand même 15 ans que je suis dans la diplomatie. J’ai vu beaucoup de crises, et je connais personnellement les gens qui en sont à l’origine.

J’espère que cette fois-ci, les choses se calmeront. Je vois déjà à travers Maputo qu’on a mis beaucoup d’eau dans son vin, on a résolu une grande partie des problèmes de 2002, et en partie ceux de 2009.

La communauté internationale n’avait pas reconnu le gouvernement en place, et cette prise de pouvoir a toujours été contestée, bien que le président Marc Ravalomanana ait donné sa démission auprès d’un directoire militaire qui n’était pas prévu dans la Constitution. C’est après cette démission qu’il y a eu un problème de compréhension entre tout le monde.

Résultat: il y a eu ce gouvernement de transition qui n’est toujours pas reconnu, mais on va vers l’apaisement politique.

Après la rencontre de Maputo, verra-t-on la lumière au bout tunnel pour Madagascar?

Ce que je souhaite, c’est qu’on solutionne toutes les questions. Les problèmes de fond, il faut vraiment les régler. Pour les problèmes de forme, je crois qu’à Madagascar on est assez sage pour trouver une solution. J’entends par là qu’on doit mettre en place un gouvernement de transition, nommer le président de cette transition qui va nommer, à son tour, un gouvernement.

À côté de cela, il faut mener cette transition pour arriver à des élections auxquelles j’espère que tout le monde va pouvoir participer. D’ores et déjà, il y a des accrocs, car certaines personnes qui vont mener à ces élections dans 15 mois, ne pourront pas s’y présenter. Ça peut créer des problèmes. Ceux qui vont venir auront-ils vraiment la volonté de sortir Madagascar du flou actuel? Vu qu’après ils ne seront plus aux commandes?

Mais quelque temps après Maputo, il y a eu des divergences d’opinions. Qu’en est-il exactement?

C’est toujours la même chose. D’abord moi-même je ne sais pas pourquoi on a absolument voulu qu’il n’y ait que trois mouvances à Madagascar. Il n’y en a pas que trois. Il y a la mouvance d’Albert Zaffy, qui date d’un peu plus de 20 ans et qui était effectivement dans l’opposition. Mais c’était une mouvance parmi d’autres et elle n’était pas une très forte opposition.

Après il y a la mouvance de Didier Ratsiraka, qui n’est plus là depuis 10 ans. Elle s’est même complètement désagrégée. Puis il y a celle de Marc Ravalomanana, et enfin celle, actuellement, d’Andry Rajoelina. Mais pourquoi avoir pris tous les anciens présidents lors de la rencontre de Maputo? C’est comme si en France, pour régler un problème, on prenait tous les anciens présidents pour les remettre à table alors qu’ils n’ont plus rien à voir avec ce qui se passe. Ceci étant, cela a quand même permis de grandes avancées.

Il y a eu des problèmes par la suite, parce qu’il y a d’autres mouvances à Madagascar qui disent qu’elles comptent également. C’est pour cela que cela pose problème. Malheureusement, aujourd’hui, on n’a pas trop le choix, il faut avancer. Grâce à l’appui de la communauté internationale, surtout régionale, on est arrivé, avec l’aide de gens aussi posés que Joachim Chissano, à faire se rencontrer les protagonistes. Ce qui est quand même très important.

Je voudrais souligner que c’est la première fois qu’un tel pardon est donné. Parce que personne n’avait pardonné à qui que ce soit. Cela est arrivé grâce à un jeune de 31 ans qui donne le pardon à Ratsiraka et à Ravalomanana. Aujourd’hui, on est en train de contester encore son pouvoir.

Malgré les divergences, que retenez-vous des décisions prises lors de cette rencontre?

Moi je pense qu’il y a 80 % de bon . Il va toujours y avoir des mécontents, mais allons voir un peu comment tout cela va se mettre en place.

Pensez-vous que le rôle joué par Maurice servira de tremplin pour resserrer les liens entre nos pays?

Vous savez il ne faut pas oublier que mon travail, tout comme le travail de votre ambassadeur à Madagascar, c’est de s’assurer que les relations continuent entre nos deux pays, quoiqu’il arrive.

Ce n’est pas parce qu’il y a un problème politique qu’on va tout arrêter. Des gens ici se demandent comment le gouvernement mauricien continue à parler à Madagascar. Mais là, on est en train de parler de pays à pays, la vie elle va continuer. On ne va pas mettre en cause notre amitié et notre proxi-mité. Il y a un problème qui est spécifique, on va pouvoir le régler.

En parlant du rôle joué par Maurice, dans d’autres pays les choses auraient été sûrement différentes. On se serait dit, «il y a un gouvernement que je ne reconnais pas, on ne discute plus avec ce pays». Jamais je n’ai autant discuté avec Maurice que pendant cette crise. Parce qu’il fallait qu’on s’assure que toutes les décisions, que tout ce qu’on allait faire, tout ce que nous allions dire, soit correct entre nous.

Quand le problème est arrivé, j’ai rencontré le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le mi-nistre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, à plusieurs reprises. C’était bien compris que nous allions continuer à travailler. Donc Maurice, je l’ai bien vu, a continué à inviter l’ambassade malgache à pratiquement toutes les fonctions officielles du pays.

Puis est arrivé la fête nationale de Madagascar. Normalement, tout le gouvernement est invité.

Je ne pouvais faire autrement que d’envoyer des invitations. Mais comme ce gouvernement ne reconnaît pas le gouvernement de transition de Madagascar, il n’était pas correct pour lui de venir.

Mais, c’était une fête nationale, pas celle d’un gouvernement. Alors le gouvernement mauricien n’est pas venu, mais le président de la République, lui, était présent.

J’ai eu l’occasion de rencontrer le président de la transition alors qu’il était en visite privée à Maurice. En sortant de l’avion, la première chose qu’il m’a dite c’est: «Félicitations, j’ai vu que dernièrement, le président de la République de Maurice a participé à la fête du 26 juin, c’est un très grand honneur pour nous.» C’était la décision de Maurice et je pense qu’elle était excellente. Et quand le président de la haute autorité de transition est venu à Maurice, tout a été fait pour qu’il puisse être reçu correctement.

Justement, comment se passent vos relations avec Andry Rajoelina?

C’était la première fois qu’on se rencontrait personnellement. C’est très important pour lui que les ambassadeurs en place continuent à faire leur travail. Comme vous le savez, il y a ceux qui sont nommés, et ceux qui sont de carrière…

Et vous êtes dans quelle catégorie?

Cela fait 15 ans que je suis ambassadeur, on va dire peut-être que je suis un ambassadeur de carrière, bien que je ne fasse pas partie du corps diplomatique du ministère des Affaires étrangères actuel de Madagascar. J’ai été un nominé de Marc Ravalomanana qui est resté longtemps. Je suis un peu entre les deux et Andry Rajoelina a l’intelligence de maintenir en place les ambassadeurs nommés par Ravalomanana et que ces ambassadeurs continuent à s’occuper de Madagascar et à faire que le pays soit toujours «on the map». Après, on verra quand il y aura un nouveau gouvernement qui va peut-être changer les ambassadeurs.

Mais est-ce que cela ne vous pose pas de problèmes de travailler sous ce gouvernement de transition?

Que voulez-vous qu’on fasse? Vous voulez qu’on ferme boutique ici? Ben non. Vous savez, ce n’est pas nous qui changeons, c’est la politique qui change. Nous, on a eu plusieurs ambassades ou des ambassadeurs, allons dire, nominés politiques, mais nous ne sommes qu’un bras du mi-nistère des Affaires étrangères. Aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères est reconnu à Madagascar, ce n’est pas nous ici qui allons changer quoique ce soit. Demain, le ministre change, l’ambassade va suivre.

Maintenant si l’ambassadeur lui, n’est pas d’accord, alors il peut partir, il a le droit de le faire. Si on ne le fait pas partir, il reste en place.

L’instabilité politique de Madagascar a dû certainement freiner l’économie du pays. Que faudrait-il faire pour la relancer et inciter les opérateurs économiques étrangers à continuer d’investir dans la Grande île?

Il se trouve que lors de cette crise, l’économie a moins souffert qu’en 2002. Il y a eu certes des magasins qui ont été pillés, mais particulièrement ceux de Marc Ravalomanana. Tout le reste et les plus gros des intérêts mauriciens, notamment le textile, a eu des problèmes parce que les douaniers étaient en grève, mais globalement les choses ont continué.

Le plus gros problème qui était en train d’arriver c’est l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) et là, Maurice a joué un grand rôle en se faisant l’avocat de Madagascar. Au niveau de la Commission de l’océan Indien (COI), des techniciens, des spécia-listes et des conseils légaux ont été envoyés à Madagascar. Maurice a toujours donné son accord pour que la COI puisse faire des choses qu’elle ne pouvait faire en tant que pays.

Ensuite durant Maputo, Maurice a envoyé un conseiller légal auprès de Joachim Chissano, et il a joué un très grand rôle. Le ministère des Affaires étrangères, à chaque fois qu’il devait participer à une rencontre internationale, savait qu’il allait se trouver à la même table de discussion que Madagascar. Tous les pays de la région ont intérêt que les choses marchent dans cette partie de l’océan Indien.

Sur le plan économique, il y a eu une baisse mais moins importante qu’en 2002. Aujourd’hui, quand vous allez à Antananarivo, il faut vraiment chercher pour voir qu’il y avait des problèmes. La vie a toujours continué un peu normalement. Mais c’est vrai qu’au niveau des commandes, dans le textile par exemple, les gens peuvent se demander ce qui va se passer l’année prochaine. Ça pose des problèmes, mais il faut dire aussi qu’on roule un peu au ralenti. Le soutien du Fonds monétaire international (FMI), pour le budget de Madagascar (à hauteur de 40 %), n’est plus assuré. Sur le plan budgétaire, les choses sont très difficiles.

Quand vous avez le FMI qui bloque son appui et que les projets de la Banque mondiale et de l’Union européenne sont arrêtés, c’est l’économie qui prend un coup et il faut vraiment que ça reparte.

Aujourd’hui que les investisseurs arrivent à Mada, oui d’accord, mais si on arrive à maintenir ceux qui sont déjà là, je pense qu’on sera très contents. Il faut aussi donner l’opportunité aux entrepreneurs malgaches d’essayer de nouveaux créneaux et faire en sorte que l’entrepreneuriat malgache se relève.

Pour faire venir les investisseurs, ce n’est peut-être pas la priorité car le plus important, c’est de garder ceux qui sont là.

Ce qui m’amène à vous demander: Madagascar est un grand pays avec de nombreuses richesses, quels sont les ingrédients nécessaires pour faire de la Grande île le grenier de l’océan Indien et un leader dans la région?

Vous me posez-là une question à laquelle on n’a jamais réussi à répondre. Ce n’est pas moi qui vais pouvoir le faire. Mais je dirais qu’on a besoin de cette stabilité politique. Pour cela, il faut des institutions fortes, des gens qui leur font confiance.

Il y a une chose ici dans la Constitution, pour laquelle j’ai toujours eu du respect: le poste de leader de l’Opposition, et que nous n’avons pas à Madagascar. C’est quelque chose qui, à mon avis, devrait être mis en place chez nous. Le problème, c’est que dans la République que nous avons, il y a une opposition, mais pas de leader de l’Opposition. Il n’y a pas un leader et s’il y en a, l’état ne l’aide pas, mais fait tout pour l’enfoncer.

Ça fait une très grande différence quand vous avez un leader de l’Opposition qui est reconnu, qui doit être le numéro trois ou quatre à Maurice mais dans la réalité, il n’est pas loin du numéro deux ou même numéro un. Il est pris en charge par l’état avec tout ce qui va autour. Très souvent le leader de l’Opposition dans des pays comme Maurice, se retrouve Premier ministre demain.

Il faudrait, pour Madagascar, un leader de l’Opposition reconnu, qui ait sa place protocolaire et les moyens de s’exprimer sans qu’il se retrouve en prison quand il y a un problème.

Souvent à Madagascar, on passe d’un extrême à l’autre. Soit on est un grand nationaliste professant la protection des intérêts nationaux, soit on ouvre le pays à tout vent, quitte à le vendre de temps en temps. C’est pour cela qu’on a besoin d’institutions fortes et reconnues.

J’ai, dans l’un de mes projets, l’idée d’inviter Nando Bodha et Paul Bérenger, qui ont exercé le rôle de leader de l’Opposition, pour présenter cette fonction. Je crois que ce sont des personnes qui ont beaucoup à dire de ce côté-là. Je pense le faire quand les choses vont commencer à se mettre en place, d’autant plus que ce serait une occasion de toucher encore plus à la Constitution afin d’inclure cette position à Madagascar.

Pour revenir à l’économie, c’est sûr qu’il y a eu ralentissement. Mais chez nous, même s’il y a un problème, les choses continuent à bouger.

Et quand la douane et le frêt marchent bien, on peut continuer à avancer. S’il est vrai que l’économie est en régression, ce qu’il nous faut c’est maintenir en place les investisseurs.

J’ai rencontré, à plusieurs reprises à Maurice, les propriétaires d’entreprises implantées à Mada-gascar pour discuter avec eux. C’est vrai qu’ils sont inquiets, moins qu’en 2002, mais Madagascar est, comme vous dites, un pays qui a beaucoup de potentialité. Ce n’est pas une crise qui va nous faire fermer boutique. Il peut y avoir des dangers, mais je ne pense pas que la communauté internationale s’est trouvée en difficulté à Mada. Il y a eu certes des problèmes ici et là, liés à la pauvreté, mais il n’y a pas d’insécurité «as such».

Les prochaines élections sont prévues dans une quinzaine de mois. Est-ce que cette attente n’est pas trop longue pour relancer l’économie?

Avant d’arriver aux élections, on devra passer par plusieurs sas. Est-ce qu’on a besoin d’élections pour relancer l’économie, oui certainement. Mais qu’est-ce qui bloque pour continuer? La chose la plus importante, c’est que la confiance revienne. Que ce soit avec ce gouvernement de transition ou le prochain gouvernement qui viendra dans 15 ou 24 mois, on ne sait pas comment cela va tourner.

S’il faut attendre ce nouveau gouvernement pour relancer l’économie, on n’y arrivera pas. L’économie va reprendre des couleurs si la Banque mondiale revient avec ses projets, si on a des financements publics, si on est aidé par le FMI.

Aujourd’hui dans le business, le gouvernement est là, mais il n’y a pas d’ingérence dans les affaires des entreprises, et on a besoin de cette confiance. Si on arrive à dire que, malgré un gouvernement de transition, il y a la confiance, les choses iront.

C’est vrai que c’est très difficile de redonner cette confiance dans le monde entier, moi je vois que, dans la région, si des pays comme Maurice, La Réunion, les Comores et les Seychelles, reprennent complètement confiance en Madagascar et aident le pays, cela devrait marcher.

C’était un peu mon leitmotiv, les échanges entre nos pays sont quasi-inexistants alors que Madagascar aurait pu jouer un très grand rôle. Vous avez parlé de grenier de l’océan Indien, et si on n’y est pas arrivé, c’est parce qu’on se mord la queue. Les pays de la région attendent que Madagascar mette en place des infrastructures pour pourvoir bien exporter ses produits, et que Madagascar dise: achetez nos produits d’abord, et cela nous permettra de mettre en place ces structures.

Je souhaite que dès que ce gouvernement de transition se mettra en place, le président de cette transition aille faire le tour de la région car le premier cercle de coopération de Madagascar, c’est precisément la région, puis la SADC, le COMESA, puis l’Europe. Maurice et la Réunion ont de tels besoins que cela devrait suffire pour nos exportations. Mais il faudrait qu’on mette en place les infrastructures, les garanties sur beaucoup de choses. Si on met tout cela en place, il faudrait que ces pays nous garantissent qu’ils vont acheter nos produits.

Propos recueillis par Jean-Marie St-Cyr



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Ton nom est Père

Dieu, tout-puissant, tout vient de Toi: le temps, les hommes et les choses. Mais Tu n’es pas une source sans nom, ni une force brute, aveugle, impersonnelle. Tu portes un nom: Père.

Oui, Tu es Père, et nous sommes tes enfants. Ton Fils est venu pour nous le dire. Que jamais Ton nom ne déserte nos mémoires. Quoi qu’il arrive, rappelle-le nous sans cesse. Aux heures de découragement ou de révolte, redis à chacun et à chacune la parole d’espérance, la parole de délivrance:

«N’aie pas peur; Je suis Ton Père. Une mère oublierait-elle ses enfants? Moi, je ne t’oublierai jamais. Je reste pour toi un Père, aujourd’hui et pour toujours.»

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21 au 27 août 2009