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SERVICE DE COMPASSION

Aux côtés des familles, au cœur des funérailles

Du nouveau dans le diocèse : la mise en place d’un service de compassion. Qu’est-ce donc ? Une cellule de recherche et d’action mise en place par Mgr Piat depuis le carême 2011. Le but : accompagner les familles en deuil et animer les funérailles.

Et la tâche est de taille : « Un défi de coresponsabilité qui nous attend face à la pénurie des prêtres », rappelle ainsi Mgr Maurice E. Piat. Ce dernier rêve, en effet, de créer une nouvelle manière de vivre en Église dans un esprit de coresponsabilité. Dès lors, chaque baptisé réalise pleinement sa vocation. «L’un des signes concrets, pour nous prêtres, serait de passer d’un one-man show durant les enterrements à une célébration communautaire portée par une équipe de baptisés », souligne, de son côté, le père Alain Romaine, responsable de la cellule. Le tout pour une Église plus communautaire, où prêtres et laïcs travaillent de concert pour répondre aux nouveaux besoins. Semence et croissance. C’est ainsi que père Romaine perçoit ce service. « Il ne faut pas rester dans le schéma de l’efficacité. Ces personnes ne se font pas payer pour ce service. Nous sommes plutôt dans une dynamique de prise en charge par ces personnes, le tout dans un élan de générosité.»

Ces dernières ont été envoyées par les prêtres des paroisses. Certaines ont reçu un encadrement assez sommaire, alors que d’autres sont formées sur le tas, dans l’attente qu’un bagage adéquat vienne se greffer. Sans oublier que d’autres encore ont ce charisme inné.

Avant, pendant, et après

Après avoir été formés, la mission de ces laïcs est de produire ensemble une dynamique pastorale pour le service de compassion dans le diocèse. « Nous ne devrions pas anticiper sur la forme, mais plutôt être attentifs sur le fond et veiller à ce que notre Église puisse vivre les passages nécessaires identifiés par l’évêque», rappelle le père Romaine. La célébration des funérailles n’est pas un sacrement, poursuit-il.

C’est un rite existentiel où on accompagne la personne dans son grand passage vers la vie éternelle. Tout sacrement est donné à une personne vivante. La vie chrétienne n’est pas circonscrite par des sacrements. Une célébration des funérailles est tout aussi importante. Pour mettre en application et cultiver cette nouvelle pratique ecclésiale, la cellule procède en trois phases qui s’étaleront sur plus d’une année. Primo : la collecte d’informations à partir d’un questionnaire mis en circulation dans les paroisses pour relever la pratique de l’animation des funérailles par les laïcs. Et aussi pour collecter tout ce qui se fait et se vit avant, pendant et le suivi auprès de la personne mourante, la famille, l’entourage. Deuxio : un réel dialogue-recherche entre la cellule et les équipes paroissiales dans le but d’apprendre et de s’enrichir des expériences qui se vivent déjà sur?le?terrain. Tertio?:?une formation pratique?et spirituelle.

La?cellule s’est?retrouvée?à?six reprises,?de février à juin 2011, pour la mise en commun et l’analyse de la collecte des pratiques auprès de ceux qui animent les célébrations de funérailles en paroisse. Les trois phases ne sont pas linéaires mais sont appelées à se chevaucher, précise le père Alain Romaine. « La phase collecte devrait s’emboiter dans la phase dialogue et quand on entame le ‘va-et-vient’, celui-ci s’emboite déjà?dans?la formation.»

Cet?exercice?a ouvert des perspectives sur tout ce qui se vit autour de la maladie et de la mort. Chapeautant le tout, il y a cette multiplicité de pratiques imposées par les coutumes et la tradition, et qu’il convient d’évangéliser avec discernement.

L’Église voit loin

«L’Église a un regard positif sur les rites funéraires que pratiquent les chrétiens. Nous devons sortir de cette logique qui consiste à penser que lesdits rites sont de l’ordre du superstitieux. Se les réapproprier aide à un travail d’humanisation pour faire le deuil. Il n’y a que l’humain qui enterre ses morts, qui pratique des rites. «C’est à l’intérieur de cela que nous ferons résonner la Bonne Nouvelle », précise le père Romaine.

Rappelons que l’animation des funérailles par les laïcs remonte à 1995 dans la région Est. Ces cinq dernières années, elle touche 32 paroisses sur 46 et elle est souvent assurée en remplacement d’un prêtre indisponible. Sinon, l’animation se fait en équipe, parfois avec le prêtre.

Dans une quinzaine de lieux de culte, elle s’effectue en solo par les religieux/religieuses ou le sacristain. Pour le reste, c’est en équipe variant de 3 à 8 membres. La pratique équipe/prêtre mérite d’être soulignée car elle traduit bien cet esprit de coresponsabilité et de collaboration vers lequel nous devons nous orienter.

Et il faut dire que l’Église voit plus loin. Il ne s’agit pas seulement d’assurer les célébrations de funérailles mais aussi d’évangélisation auprès des familles en deuil.

Selon Mgr Piat, « c’est un lieu spirituel et pastoral fertile qu’il convient d’investir de manière nouvelle. Il ne s’agira pas d’offrir un rite religieux dans un moment-clé de passage, mais de rejoindre spirituellement en Église les gens confrontés au monde de la souffrance et de la mort ». Réconforter dans la spiritualité…

Sandra Potié

Une cellule, six personnes

Une équipe aux compétences pastorales variées et représentatives.

À la tête : le père Alain Romaine. Accompagné de Laurent Rivet, jeune prêtre engagé dans l’action pastorale réfléchie, de Sr Denise Souci, religieuse réparatrice ayant l’expérience d’accompagnement spirituel et ayant animé des célébrations de funérailles, de Guylain Padiachy, Frère auxiliaire, dont la vocation spécifique auprès des prêtres et au sein des communautés chrétiennes amène à l’animation des funérailles. Sans oublier Mirella Rassou, une infirmière de profession qui a reçu une formation poussée pour accompagner les personnes malades en phase terminale et leur famille.

LE PERE LAURENT RIVET

«Comprendre les rites pour les évangéliser»

Quelle formule et quel contenu pour la formation ? Quelles attitudes adopter face aux familles en deuil ? Autant de questions auxquelles répond le père Laurent Rivet, membre de la cellule du Service de compassion. L’avenir, dit-il, est une Église bâtie sur la collaboration des laïcs.

Quel genre de formation préconise l’Église ?

Beaucoup de choses se passent autour de la mort, du mort, de la famille. Cela demande une formation globale. Pas seulement dans la célébration des funérailles. La formation a aussi pour but d’empower le laïc. De lui donner une autorité, voire une reconnaissance institutionnelle. Sans une autorité qui vient de l’Église, le laïc risque d’être défaillant. La formation débute ainsi par l’accompagnement du mourant et de la famille. Puis vient la célébration des funérailles et une aide pour que la famille fasse son deuil. Les laïcs sont appelés à faire le lien entre la Parole de Dieu et le vécu de la personne ; apprendre ce qu’est le deuil, les gestes liturgiques. Et aussi prendre en compte l’état financier des familles, au cas où elles se retrouvent dans le besoin. Ils apprendront aussi les diverses prières avant, pendant et après.

Faire le deuil, c’est quoi précisément ?

Le deuil, c’est un passage, l’acceptation du décès, laisser le mort s’en aller. De par notre héritage, il existe beaucoup d’angoisses, de peurs, de rêves et de cauchemars quant à la mort. C’est bien de nous situer par rapport à la mort et la résurrection du Christ.

Est-ce un rapport toujours marqué par la peur, l’inconnu ? Le défunt reste-t-il une menace pour moi ? Devrais-je toujours me protéger contre lui ? Autant de questions auxquelles il faut se préparer.

Qu’est-ce qui se cache derrière les rites dits « superstitieux » ?

Les rites parlent. Il veut dire des choses par rapport au propre désir de la personne. Comprendre les mentalités des rites est plus important que de comprendre les rites en soi. L’inconnu est toujours menaçant pour l’humain, d’où la création de rites pour se protéger. Souvent, ces rites traduisent les peurs, les angoisses, l’espérance de la personne ou encore son rapport face à la mort ou aux morts.

Comment évangéliser les rites ?

Il faut comprendre la mentalité qui génère, qui occasionne et qui crée les rites pour pouvoir évangéliser, voire donner une parole ajustée à ces pratiques. Sinon, nos discours sonnent creux.

Ce travail a déjà été fait et doit continuer à l’être. Citons nommément L’étude des comportements religieux dans la culture populaire mauricienne par Éric de Rosnay en 1995 ; la thèse de doctorat Vie chrétienne, vie créole de Danielle Palmyre ; le travail d’accompagnement pastoral en milieu populaire créole d’Alain Romaine intitulé Quelles attitudes avoir par rapport à la religion populaire ?

Et d’autres sur l’aspect anthropologique chez le Créole et plus largement chez le Mauricien. Qu’est ce que cela nous révèle, qu’est-ce que cela nous dit de l’homme et de son rapport à Dieu et à la mort ? L’évangélisation ne peut se faire sans prendre acte de cette réalité.

Comment le laïc doit-il se préparer pour recevoir l’annonce d’un décès ?

Les funérailles se font souvent au pied levé. Pas le temps de se préparer. D’où la tendance de copier/coller.

Il doit y avoir quelque chose de spontané derrière. Le plus important est de garder en tête deux aspects : d’une part le tragique, et de l’autre l’espérance. On ne peut pas passer à côté du chagrin et de la souffrance que cela occasionne. En même temps, on doit avoir l’espérance en tête. N’oubliez pas que Jésus a pleuré devant son ami Lazare. Qu’il s’est arrêté devant la veuve qui a perdu son fils unique. C’est délicat, car il ne faut pas rendre les gens tristes ou les angoisser plus qu’ils ne le sont déjà.

Comment trouver une parole juste et réconfortante ?

En priant, le Seigneur met des paroles justes et authentiques, des paroles d’espérance et de foi sur les lèvres et dans le cœur des laïcs qui vivent cette mission. Des paroles qui ne sonnent pas faux. Des paroles trop peu compatissantes ou trop lisses peuvent blesser voire même voler le deuil. Du genre : « Pa plore ; Bondie inn pran li ; So ler inn arive. » Ces paroles ne sont pas ajustées à la souffrance réelle. Certes, parfois c’est difficile car on ne connaît pas les personnes. D’où l’importance de connaître un minimum le défunt, son vécu, sa relation avec son entourage.

Comment l’accompagnement se passe-t-il après ?

Cela peut se faire lors de la prière des huit jours. Par exemple en invitant les membres de la famille à parler sur le mort. En France, un an après, on reprend contact avec la famille qui a enterré ses proches. Soit à travers une visite. Cette démarche peut toucher les gens. L’accompagnement peut aussi se faire en amont, lors d’une belle préparation de la célébration, ce qui permet alors à la famille de dire adieu au défunt.

Y a-t-il une manière d’être devant les familles touchées par la mort ?

Il est important d’avoir de la compassion, une attitude d’accueil et de bienveillance. Il y a aussi une compétence à acquérir – théologique, pastorale, spirituelle, et aussi psychologique. Et c’est à cela que la formation répondra.

Propos recueillis par Sandra Potié

SERVICE DE COMPASSION

Quand les membres témoignent…

La Vie Catholique a rencontré les autres membres de la cellule d’accompagnement. Chacun parle de son expérience auprès des mourants et familles en deuil. Sr Denise Souci et Mirella Rassou mettent l’accent sur les attitudes à adopter. Le Frère Padiachy, lui, évoque l’urgence d’une formation axée sur la Parole.

Sr Denise Souci :

«Avoir un cœur qui compatit avec l’autre»

Sr. Denise Souci, religieuse réparatrice, anime aussi des célébrations de funérailles. Pour pouvoir répondre à ce ministère, il y a toute une série d’attitudes intérieures qui est requise. Primo : écouter les souffrances, les luttes intérieures, les révoltes. «Je laisse la personne vider son sac.» Pour le faire, il est important d’avoir un cœur compatissant. Comment rejoindre ces personnes ? « Pas seulement ma tête mais mon cœur, tout mon cœur qui les rejoint. » Pour mener à bien cette formation, l’équipe compte prendre pour patron Jésus qui chemine avec Lazare. Inviter les gens à ne pas avoir peur de dire que leur proche est mort. Tout comme Jésus qui n’a pas eu peur de dire que Lazare est mort. Accepter que la personne est décédée est le début du processus de deuil, précise Sr Denise. « Notre rôle est d’aider la personne, avec Jésus. »Il y a même des personnes en fin de vie qui ont peur de faire le passage.

D’où le rôle des laïcs de les rassurer que Dieu est miséricorde, qu’Il est amour, qu’Il pardonne et accueille. Une telle attitude libèrera la personne, précise Sr Denise.

L’accent est aussi mis pour aider les personnes à bien vivre les célébrations de funérailles. « Une célébration ne doit pas être triste, mais empreinte d’espérance car la personne rencontre le Seigneur.»

Il ne faut certes pas nier la mort, mais aussi se dire qu’on célèbre la vie. Et c’est cette vie en Dieu qu’on célèbre le jour des funérailles. Dans ce ministère, on veut créer ce peuple en marche à la rencontre de son Seigneur, conclut Sr Denise.

Mirella Rassou :

«Entendre le cri silencieux des malades»

Mirella Rassou, infirmière de profession, est aussi responsable de la formation à l’accompagnement spirituel des malades pour le diocèse. Ce cours qu’elle a elle-même pris en 2001 a été un déclic dans sa vie professionnelle. « Cette formation m’a permis d’entendre le cri silencieux des malades. J’ai compris qu’ils sont démunis et méritent tout notre amour, toute notre attention. » D’où le besoin d’une empathie, voire d’une compassion avec la personne mourante. Comme le Christ lui-même aurait fait s’Il était sur terre.

Mirella a aussi appris à mieux se connaître. Connaître le malade. Le respecter. Le voir comme un acteur principal. Lui donner toute la place. Être une présence d’amour. Pour pouvoir le faire, Mirella a dû descendre au plus profond de son cœur. Chaque histoire est sacrée pour elle. La formation lui a aussi permis de ne pas porter de jugement vis-à-vis du malade. De ne pas interpréter, analyser les propos de l’autre, ni se mettre en colère. Mais simplement comprendre le malade, avancer à son rythme et l’accompagner dans son voyage vers la vraie vie.

Chaque année, son équipe et elle forment des personnes pour l’accompagnement des malades en fin de vie et des familles en deuil. Pour que cet accompagnement se passe bien, il est important que tous expriment leurs sentiments sur la mort.

Les bonnes attitudes à adopter devant la personne en fin de vie sont aussi abordées. L’importance d’être authentique, vrai, aimant ; d’avoir une oreille attentive ; de se faire petit. « Le Seigneur nous donnera lui-même des paroles de vie pour donner à l’autre. Notre rôle est de brancher la personne en fin de vie sur le chemin de la lumière, de la foi, de l’espérance. »

Le Frère Guylain Padiachy :

«Bien se préparer pour cette étape ultime qu’est la mort»

Le Frère Guylain Padiachy qui anime les funérailles, estime que la mort est une étape ultime de notre vie qui demande une bonne préparation. Comme pour le baptême, l’Eucharistie, la confirmation ou encore le mariage. Pour cela, les laïcs ont besoin d’avoir une formation axée sur la Parole. Quels mots dire à la famille endeuillée, par exemple si elle a perdu un jeune enfant ? Dans ces cas précis, on ne trouve pas toujours les termes adéquats. D’où l’importance de connaître les paroles d’Évangile pour pouvoir les partager soit à la personne mourante ou à la famille en deuil.

Une parole juste. Une parole de foi et d’espérance sont essentielles. Autre demande des laïcs : le besoin d’être valorisés dans ce service. Ces derniers se heurtent souvent à l’incompréhension des gens qui ne sont pas toujours habitués à voir des laïcs officier une célébration. D’où l’urgence d’informer la communauté paroissiale afin que les fidèles soient au courant que ce service existe dans le diocèse.

Le Frère Padiachy estime qu’il est aussi important d’inviter la famille à participer à la célébration des funérailles. Les visites qui suivent sont aussi essentielles. «Cela permet à la famille de dire ce qui l’habite.» Une façon d’aider à faire le deuil. Ils sentent aussi qu’ils ne sont pas seuls. Qu’en est-il des rites dits «superstitieux» ? Le Frère reconnaît que cela découle des pratiques populaires qui font partie de l’histoire du peuple mauricien, transmises de génération en génération. « Notre rôle n’est pas de venir mettre tous ces rites de côté, mais de les évangéliser. Ce qui permettra à beaucoup de gens de se libérer. »

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28 octobre au 03 novembre 2011