Prêtre spiritain et curé de la paroisse Notre-Dame-du-Bon-Conseil, Moka, le père Roger Billy décortique avec passion le sens du Saint-Sacrement pour les lecteurs de La Vie Catholique.
C’est quoi le Saint-Sacrement ?
C’est le signe par excellence de la présence de Jésus parmi nous jusqu’à la fin des temps. Avant de remonter vers son Père, il nous a laissé beaucoup de signes. Un des signes forts est le pain et le vin partagés. Comme il l’a fait au cours du dernier repas pris avec ses apôtres avant de mourir : « Prenez et mangez ceci est mon corps, prenez et buvez ceci est mon sang. » En disant ces mots, Jésus avait, dans son cœur, l’immense désir de se donner totalement. Aujourd’hui encore, le Christ est présent et Il se donne et continue à se donner à nous dans le Saint-Sacrement.
Pourquoi doit-il être exposé sur l’autel?
Le Saint-Sacrement y est exposé comme signe que Jésus a donné sa vie pour nous et qu’Il est là parmi nous. Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner Sa vie pour ceux qu’Il aime. En contemplant Jésus qui s’expose à nous, on découvre l’immensité de Son amour.
Devant le Saint-Sacrement, sommes-nous invités à méditer ou à contempler le Christ ?
La contemplation est beaucoup plus qu’une méditation. Quand on médite, nos sentiments et notre intelligence sont en éveil. Ce qui n’est pas mauvais. La contemplation c’est se faire tout petit et regarder le Christ. C’est se laisser prendre par Son amour. Comme quand on contemple un beau coucher de soleil et qu’on se laisse pénétrer par la beauté du paysage sans dire un mot.
Le Christ vivant dans l’Eucharistie s’expose à nous, mais Il nous invite aussi à nous exposer à Lui ...
C’est une invitation pour nous d’entrer dans l’amour du Christ et à donner notre vie comme Lui. Quand on vit dans l’amour de Dieu, on est appelé à s’épanouir, à se développer.
Y a-t-il une manière d’adorer le Saint-Sacrement ?
La meilleure manière, c’est de s’y mettre avec un sentiment de grande pauvreté. De contempler d’une manière très simple ce Jésus qui se donne à nous et qui nous aime. Et ce, dans la foi. Sans la foi, on ne reconnaîtra pas la présence du Christ.
Comment entrer dans cette attitude de foi ?
Simplement en se faisant tout petit comme un enfant dans les bras de sa mère. Jésus a dit qu’il faut avoir un cœur d’enfant pour entrer dans le royaume de Dieu. Il faut laisser de côté tout ce qu’on possède : nos idées, nos savoirs. Et nous abandonner dans les bras du Christ.
Après Sa résurrection, lorsqu’Il apparaît à ses disciples, Jésus leur a appris petit à petit une autre manière de Le voir. La rencontre dans l’invisible à travers de multiples signes est une nouvelle manière de regarder et de reconnaître Jésus. Seuls les yeux de la foi nous permettent de vivre cela.
Y a-t-il d’autres attitudes spéciales à adopter devant le Saint-Sacrement ?
Un grand respect. D’où la double génuflexion devant le Saint-Sacrement.
Les deux genoux à terre traduisent tout le respect qu’on a pour Jésus. Aussi une attitude de pleine confiance comme Marie debout au pied de la croix.
Y a-t-il une préparation en amont ?
Oui, prendre conscience qu’on est habité par la présence de Dieu – Père, Fils et Esprit. Et se laisser imprégner par l’amour de Dieu. Notre vie devient ainsi prière, on réalise tout avec amour.
La méditation des mystères du Rosaire peut-elle nous aider à mieux prier ?
La méditation des mystères du Rosaire est de se rappeler des diverses facettes de la vie de Jésus. Cela peut nous aider. Mais le plus important, c’est de contempler le Saint-Sacrement.
Cette hostie qui se présente à nous, c’est aussi le pain de vie…
Le pain de vie est la nourriture d’amour. Dieu est amour. La vie en Dieu est une vie d’amour. Il existe une grande relation d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit. En contemplant le Saint-Sacrement, l’amour de Dieu vient nourrir notre amour.
Une occasion aussi pour demander des grâces ?
Pas tellement pour soi, mais pour les autres. Le Christ sait déjà ce dont nous avons besoin. Comme grâce, on peut Lui demander de remettre dans Son amour les gens qui souffrent et qui sont blessés. Il n’y a que l’amour de Dieu qui peut réparer.
Est-ce la mission des sœurs Marie-Réparatrice qui consacrent beaucoup de leur temps devant le Saint-Sacrement ?
En effet, elles ont une mission, voire une vocation réparatrice. Réparer tout le mal causé par ceux qui ne vivent plus dans l’amour de Dieu. Aimer pour ceux qui n’aiment pas. Être présentes devant le Christ pour ceux qui ne le sont pas. Durant les Quarante Heures, les fidèles sont invités à faire de même. Une manière pour eux aussi de réparer.
Justement, quel est votre regard par rapport aux Quarante Heures à Maurice ?
Voir la mobilisation de personnes de tous âges, toutes religions pour l’adoration du Saint-Sacrement est quelque chose de très beau. Cela rappelle l’immense foule qui se déplace pour aller à la rencontre de Jésus.
N’est-ce pas une pratique « populaire », vu la façon dont les choses sont faites ?
Jésus a accueilli tous ceux qui désiraient Le voir, même s’ils n’avaient pas tous une motivation profonde. À partir du moment où on accepte de regarder le Christ, Il nous prend par la main là où nous sommes et Il nous fait grandir dans Son amour. Une transformation s’opère en soi. On y repart meilleur, consolé, grandi, réconforté dans sa foi.
Les Quarante Heures, à travers le Saint-Sacrement, favorisent la rencontre avec le Christ. C’est une pratique à être encouragée et surtout à ne pas être supprimée.
Le Christ est présenté dans un ostensoir riche et doré. N’est-ce pas une contradiction avec l’esprit de simplicité auquel Il nous invite ?
Il y a des ostensoirs très beaux avec des pierres précieuses tout autour pour mettre en valeur l’hostie. Le Christ y est présent comme un soleil de vie qui rayonne de son amour. Il existe des ostensoirs plus sobres.