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Dossier

Adoration du Saint-Sacrement

Demeurer dans l’amour de Jésus

Les Quarante Heures, pratique d’Église, qui s’est faite et se fait encore ailleurs. Pratique encore bel et bien vivante à l’île Maurice. Écoutons les témoignages…

Mais tout d’abord, un peu d’histoire. Il faut savoir que le culte du Saint-Sacrement s’est développé après le Concile de Trente, au milieu du XVe siècle. Ce, suite à une réaction au protestantisme qui nie la présence réelle de Jésus dans le pain et le vin, explique le père Roger Billy. En effet, les protestants ne croient pas à la transsubstantiation, doctrine catholique qui affirme la transformation physique et matérielle des deux espèces de la communion en véritable chair et en véritable sang du Christ lors de l’Eucharistie.

Au même moment, dans le monde, poursuit le prêtre, des carnavals étaient organisés le dimanche, lundi et mardi précédant le Mercredi des cendres. Hélas, des choses pas très saines s’y passaient. De là est né un culte de réparation pour ce mal et ces péchés commis lors de ces carnavals. Des fidèles restaient longuement devant le Saint-Sacrement, d’où la pratique des Quarante Heures.

À Maurice, pendant le Carême, nombreux sont les fidèles qui vont adorer le Saint-Sacrement exposé dans les églises. Les Quarante Heures débutent en général le dimanche précédant le Mercredi des cendres, premier jour du carême, pour se terminer la veille du Dimanche des rameaux, qui marque l’entrée dans la Semaine sainte.

Se ressourcer

« Ma source c’est le Christ… Son regard posé sur moi me suffit. » Phrase forte de Rita qui fait partie des inconditionnels du Saint-Sacrement. Pendant les Quarante Heures, Rita multiplie les adorations.

Pour elle, la démarche d’aller à la rencontre de Dieu est significative. « Je sais qu’il y a quelqu’un qui m’aime et qui m’attend. »

Rester en présence du Christ est aussi une aubaine pour Rita. « Me présenter devant le Saint-Sacrement c’est m’exposer devant un Dieu si grand, qui me connaît plus que je ne me connais… Un Dieu qui voit mon corps, mon cœur, mon âme… » Nul besoin pour elle de mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Elle se laisse dépouiller pour recevoir tout ce que le Christ a à lui donner. « Avec la foi, le petit bout de pain fait d’eau et de farine devient puissant. »

En sortant de l’église, Rita se dit fortifiée.

« Ayant puisé ma force auprès du Seigneur, je peux mieux donner aux autres… une écoute, une parole, un soutien, un réconfort… » Elle se dit heureuse de se ressourcer pour se donner aux autres. « Quand je suis imprégnée, enveloppée de l’amour de Dieu, je deviens plus humaine. Ainsi, je peux mieux être au service de mes frères et sœurs. »

En ce vendredi du 11 mars, l’église Notre-Dame-de-Lourdes, Rose-Hill, grouille de monde. Les fidèles viennent de partout. C’est un lieu de pèlerinage grâce à Notre Dame de Lourdes. Ce matin-là, les gens ne cessent de défiler. C’est un plaisir pour Mydzie Hannelas, sacristine, de voir le nombre de croyants qui prient devant le Saint-Sacrement après la messe de 7 heures. « J’admire ces hommes qui se recueillent… ouvriers d’usine, chauffeurs de taxi, collégiens… »

En contemplant le Saint-Sacrement, Marga Koenig, elle, voit où se trouve la vie dans sa plénitude. Elle se dit touchée par le grand silence et le recueillement en l’église Notre-Dame-de-Lourdes. « C’est une joie pour moi de prier avec d’autres. Nos prières montent à Dieu. Les gens, qui y sont, ont retrouvé le sens de l’essentiel. »

Acte de foi

La soif de Dominique Lebon est de doubler de prières pendant le carême. « Je demande des grâces pour mes deux enfants, spécialement pour mon fils qui travaille dans un pays non-catholique, ma famille, mes amis. » Sa prière se traduit ensuite à travers ses actions.

Pour Murielle Michel, c’est l’occasion de déposer son chagrin, sa douleur dans le cœur de Jésus. « Hier j’étais à Notre-Dame-du-Rosaire… je suis revenue réconfortée. » C’est sa confiance en Dieu qui motive la démarche de Maud durant les Quarante Heures. « Je me mets en présence d’un Dieu qui aide et qui sauve les hommes sans distinction. »

Idem pour Guy Uranie. Adorer le Christ présent dans un morceau de pain est un acte de foi. C’est aussi un rendez-vous annuel pour Clency et Marie-Louise, un moment pour prier en commun.

L’adoration du Saint-Sacrement est un chemin incontournable pour la conversion, rappelle Jean-Paul Gujhaloo. Son épouse, Margaret, estime que c’est le moment pour elle de se recueillir pendant une heure et de prendre conscience de la bonté de Dieu dans sa vie et celle de sa famille. Une occasion aussi de remercier Dieu pour la vie qu’elle a reçue aussi bien que pour son courage dans les moments difficiles.

Les hindous sont également nombreux à faire cette démarche. « Les Quarante Heures, les quatorze églises sont une occasion pour nous de demander des grâces pour nos proches, pour ceux qui sont malades », précise Shanta, avec son bébé sur les bras à la sortie de l’église. Une habitude d’enfance aussi pour Anita et Devi. Inculquée par ses parents, aujourd’hui c’est aux côtés de son mari, aussi de foi hindoue, qu’Anita prie devant le Saint-Sacrement. « Jésus, le Fils de Dieu, est présent. » Pour Devi, c’est une excellente occasion de dialoguer avec Dieu.

Mydzie ne rate jamais de confier à Dieu tous ceux et celles qui ont pénétré ce lieu de culte. C’est sur cette prière qu’elle laisse refermer les portes de l’église derrière elle.

« Seigneur, tu connais chacun et chacune par leurs noms, je te confie toutes leurs peines… disposes-en selon Ta volonté. » De bien belles et profondes paroles…

Sandra Potié



Le père Roger Billy :

« Le Christ se donne à nous
dans le Saint-Sacrement »



Prêtre spiritain et curé de la paroisse Notre-Dame-du-Bon-Conseil, Moka, le père Roger Billy décortique avec passion le sens du Saint-Sacrement pour les lecteurs de La Vie Catholique.

C’est quoi le Saint-Sacrement ?

C’est le signe par excellence de la présence de Jésus parmi nous jusqu’à la fin des temps. Avant de remonter vers son Père, il nous a laissé beaucoup de signes. Un des signes forts est le pain et le vin partagés. Comme il l’a fait au cours du dernier repas pris avec ses apôtres avant de mourir : « Prenez et mangez ceci est mon corps, prenez et buvez ceci est mon sang. » En disant ces mots, Jésus avait, dans son cœur, l’immense désir de se donner totalement. Aujourd’hui encore, le Christ est présent et Il se donne et continue à se donner à nous dans le Saint-Sacrement.

Pourquoi doit-il être exposé sur l’autel?

Le Saint-Sacrement y est exposé comme signe que Jésus a donné sa vie pour nous et qu’Il est là parmi nous. Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner Sa vie pour ceux qu’Il aime. En contemplant Jésus qui s’expose à nous, on découvre l’immensité de Son amour.

Devant le Saint-Sacrement, sommes-nous invités à méditer ou à contempler le Christ ?

La contemplation est beaucoup plus qu’une méditation. Quand on médite, nos sentiments et notre intelligence sont en éveil. Ce qui n’est pas mauvais. La contemplation c’est se faire tout petit et regarder le Christ. C’est se laisser prendre par Son amour. Comme quand on contemple un beau coucher de soleil et qu’on se laisse pénétrer par la beauté du paysage sans dire un mot.

Le Christ vivant dans l’Eucharistie s’expose à nous, mais Il nous invite aussi à nous exposer à Lui ...

C’est une invitation pour nous d’entrer dans l’amour du Christ et à donner notre vie comme Lui. Quand on vit dans l’amour de Dieu, on est appelé à s’épanouir, à se développer.

Y a-t-il une manière d’adorer le Saint-Sacrement ?

La meilleure manière, c’est de s’y mettre avec un sentiment de grande pauvreté. De contempler d’une manière très simple ce Jésus qui se donne à nous et qui nous aime. Et ce, dans la foi. Sans la foi, on ne reconnaîtra pas la présence du Christ.

Comment entrer dans cette attitude de foi ?

Simplement en se faisant tout petit comme un enfant dans les bras de sa mère. Jésus a dit qu’il faut avoir un cœur d’enfant pour entrer dans le royaume de Dieu. Il faut laisser de côté tout ce qu’on possède : nos idées, nos savoirs. Et nous abandonner dans les bras du Christ.

Après Sa résurrection, lorsqu’Il apparaît à ses disciples, Jésus leur a appris petit à petit une autre manière de Le voir. La rencontre dans l’invisible à travers de multiples signes est une nouvelle manière de regarder et de reconnaître Jésus. Seuls les yeux de la foi nous permettent de vivre cela.

Y a-t-il d’autres attitudes spéciales à adopter devant le Saint-Sacrement ?

Un grand respect. D’où la double génuflexion devant le Saint-Sacrement.

Les deux genoux à terre traduisent tout le respect qu’on a pour Jésus. Aussi une attitude de pleine confiance comme Marie debout au pied de la croix.

Y a-t-il une préparation en amont ?

Oui, prendre conscience qu’on est habité par la présence de Dieu – Père, Fils et Esprit. Et se laisser imprégner par l’amour de Dieu. Notre vie devient ainsi prière, on réalise tout avec amour.

La méditation des mystères du Rosaire peut-elle nous aider à mieux prier ?

La méditation des mystères du Rosaire est de se rappeler des diverses facettes de la vie de Jésus. Cela peut nous aider. Mais le plus important, c’est de contempler le Saint-Sacrement.

Cette hostie qui se présente à nous, c’est aussi le pain de vie…

Le pain de vie est la nourriture d’amour. Dieu est amour. La vie en Dieu est une vie d’amour. Il existe une grande relation d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit. En contemplant le Saint-Sacrement, l’amour de Dieu vient nourrir notre amour.

Une occasion aussi pour demander des grâces ?

Pas tellement pour soi, mais pour les autres. Le Christ sait déjà ce dont nous avons besoin. Comme grâce, on peut Lui demander de remettre dans Son amour les gens qui souffrent et qui sont blessés. Il n’y a que l’amour de Dieu qui peut réparer.

Est-ce la mission des sœurs Marie-Réparatrice qui consacrent beaucoup de leur temps devant le Saint-Sacrement ?

En effet, elles ont une mission, voire une vocation réparatrice. Réparer tout le mal causé par ceux qui ne vivent plus dans l’amour de Dieu. Aimer pour ceux qui n’aiment pas. Être présentes devant le Christ pour ceux qui ne le sont pas. Durant les Quarante Heures, les fidèles sont invités à faire de même. Une manière pour eux aussi de réparer.

Justement, quel est votre regard par rapport aux Quarante Heures à Maurice ?

Voir la mobilisation de personnes de tous âges, toutes religions pour l’adoration du Saint-Sacrement est quelque chose de très beau. Cela rappelle l’immense foule qui se déplace pour aller à la rencontre de Jésus.

N’est-ce pas une pratique « populaire », vu la façon dont les choses sont faites ?

Jésus a accueilli tous ceux qui désiraient Le voir, même s’ils n’avaient pas tous une motivation profonde. À partir du moment où on accepte de regarder le Christ, Il nous prend par la main là où nous sommes et Il nous fait grandir dans Son amour. Une transformation s’opère en soi. On y repart meilleur, consolé, grandi, réconforté dans sa foi.

Les Quarante Heures, à travers le Saint-Sacrement, favorisent la rencontre avec le Christ. C’est une pratique à être encouragée et surtout à ne pas être supprimée.

Le Christ est présenté dans un ostensoir riche et doré. N’est-ce pas une contradiction avec l’esprit de simplicité auquel Il nous invite ?

Il y a des ostensoirs très beaux avec des pierres précieuses tout autour pour mettre en valeur l’hostie. Le Christ y est présent comme un soleil de vie qui rayonne de son amour. Il existe des ostensoirs plus sobres.

Propos recueillis par Sandra Potié

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18 au 24 mars 2011